« Où étais-tu? — Chez la marchande de fleurs. J'ai acheté des iris très beaux. Les voici, je te les apporte. — Pendant si longtemps tu as acheté quatre fleurs? — La marchande m'a retenue.

— Tu as les joues pâles et les yeux brillants. — C'est la fatigue de la route. — Tes cheveux sont mouillés et mêlés. — C'est la chaleur et c'est le vent qui m'ont toute décoiffée.

— On a dénoué ta ceinture. J'avais fait le nœud moi-même, plus lâche que celui-ci. — Si lâche qu'elle s'est défaite; un esclave qui passait me l'a renouée.

— Il y a une trace à ta robe. — C'est l'eau des fleurs qui est tombée. — Mnasidika, ma petite âme, tes iris sont les plus beaux qu'il y ait dans tout Mytilène. — Je le sais bien, je le sais bien. »

88 — ATTENTE

Le soleil a passé toute la nuit chez les morts depuis que je l'attends, assise sur mon lit, lasse d'avoir veillé. La mèche de la lampe épuisée a brûlé jusqu'à la fin.

Elle ne reviendra plus: voici la dernière étoile. Je sais bien qu'elle ne viendra plus. Je sais même le nom que je hais. Et cependant j'attends encore.

Qu'elle vienne maintenant! oui, qu'elle vienne, la chevelure défaite et sans roses, la robe souillée, tachée, froissée, la langue sèche et les paupières noires!

Dès qu'elle ouvrira la porte, je lui dirai... mais la voici... C'est sa robe que je touche, ses mains, ses cheveux, sa peau. Je l'embrasse d'une bouche éperdue, et je pleure.

89 — LA SOLITUDE