Pour qui maintenant farderais-je mes lèvres? Pour qui polirais-je mes ongles? Pour qui parfumerais-je mes cheveux?

Pour qui mes seins poudrés de rouge, s'ils ne doivent plus la tenter? Pour qui mes bras lavés de lait s'ils ne doivent plus jamais l'étreindre?

Comment pourrais-je dormir? Comment pourrais-je me coucher? Ce soir ma main, dans tout mon lit, n'a pas trouvé sa main chaude.

Je n'ose plus rentrer chez moi, dans la chambre affreusement vide. Je n'ose plus rouvrir la porte. Je n'ose même plus rouvrir les yeux.

90 — LETTRE

Cela est impossible, impossible. Je t'en supplie à genoux, avec larmes, toutes les larmes que j'ai pleurées sur cette horrible lettre, ne m'abandonne pas ainsi.

Songes-tu combien c'est affreux de te reperdre à jamais pour la seconde fois, après avoir eu l'immense joie d'espérer te reconquérir. Ah! mes amours! ne sentez-vous donc pas à quel point je vous aime!

Écoute-moi. Consens à me revoir encore une fois. Veux-tu être demain, au soleil couchant, devant ta porte? Demain, ou le jour suivant. Je viendrai te prendre. Ne me refuse pas cela.

La dernière fois peut-être, soit, mais encore cette fois, encore cette fois! Je te le demande, je te le crie, et songe que de ta réponse dépend le reste de ma vie.

91 — LA TENTATIVE