L'ombre tourne: changeons de place la corbeille de figues et la jarre de lait. Il faut chanter un chant pastoral, invoquer Pan, dieu du vent d'été.

3 — PAROLES MATERNELLES

Ma mère me baigne dans l'obscurité, elle m'habille au grand soleil et me coiffe dans la lumière; mais si je sors au clair de lune, elle serre ma ceinture et fait un double nœud.

Elle me dit: « Joue avec les vierges, danse avec les petits enfants; ne regarde pas par la fenêtre; fuis la parole des jeunes hommes et redoute le conseil des veuves.

« Un soir, quelqu'un, comme pour toutes, te viendra prendre sur le seuil au milieu d'un grand cortège de tympanons sonores et de flûtes amoureuses.

« Ce soir-là, quand tu t'en iras, Bilitô, tu me laisseras trois gourdes de fiel: une pour le matin, une pour le midi, et la troisième, la plus amère, la troisième pour les jours de fête. »

4 — LES PIEDS NUS

J'ai les cheveux noirs, le long de mon dos, et une petite calotte ronde. Ma chemise est de laine blanche. Mes jambes fermes brunissent au soleil.

Si j'habitais la ville, j'aurais des bijoux d'or, et des chemises dorées et des souliers d'argent... Je regarde mes pieds nus, dans leurs souliers de poussière.

Psophis! viens ici, petite pauvre! porte-moi jusqu'aux sources, lave mes pieds dans tes mains et presse des olives avec des violettes pour les parfumer sur les fleurs.