Toi qui accordes en secret la grâce, toi qui unis, toi qui aimes, toi qui saisis d'un furieux désir les races multipliées des bêtes sauvages, et joins les sexes dans les forêts,

Ô Astarté irrésistible, entends-moi, prends-moi, possède-moi, ô Lune! et treize fois, chaque année, arrache à mes entrailles la libation de mon sang!

100 — HYMNE À LA NUIT

Les masses noires des arbres ne bougent pas plus que des montagnes. Les étoiles emplissent un ciel immense. Un air chaud comme un souffle humain caresse mes yeux et mes joues.

Ô Nuit qui enfantas les Dieux! comme tu es douce sur mes lèvres! comme tu es chaude dans mes cheveux! comme tu entres en moi ce soir, et comme je me sens grosse de tout ton printemps!

Les fleurs qui vont fleurir vont toutes naître de moi. Le vent qui respire est mon haleine. Le parfum qui passe est mon désir. Toutes les étoiles sont dans mes yeux.

Ta voix, est-ce le bruit de la mer, est-ce le silence de la plaine? Ta voix, je ne la comprends pas, mais elle me jette la tête aux pieds et mes larmes lavent mes deux mains.

101 — LES MÉNADES

À travers les forêts qui dominent la mer, les Ménades se sont ruées. Maskhalê aux seins fougueux, hurlante, brandissait le phallos, qui était de bois de sycomore et barbouillé de vermillon.

Toutes, sous la bassaris et les couronnes de pampre, couraient et criaient et sautaient, les crotales claquaient dans les mains, et les thyrses crevaient la peau des tympanôns retentissants.