Chevelures mouillées, jambes agiles, seins rougis et bousculés, sueur des joues, écume des lèvres, ô Dionysos, elles t'offraient en retour l'ardeur que tu jetais en elles!
Et le vent de la mer relevant vers le ciel les cheveux roux de Héliokomis, les tordait comme une flamme furieuse sur une torche de blanche cire.
102 — LA MER DE KYPRIS
Sur le plus haut promontoire je me suis couchée en avant. La mer était noire comme un champ de violettes. La voie lactée ruisselait de la grande mamelle divine.
Mille Ménades autour de moi dormaient dans les fleurs déchirées. Les longues herbes se mêlaient aux chevelures. Et voici que le soleil naquit dans l'eau orientale.
C'étaient les mêmes flots et le même rivage qui virent un jour apparaître le corps blanc d'Aphrodita... Je cachai tout à coup mes yeux dans mes mains.
Car j'avais vu trembler sur l'eau mille petites lèvres de lumière: le sexe pur ou le sourire de Kypris Philommeïdès.
103 — LES PRÊTRESSES DE L'ASTARTÉ
Les prêtresses de l'Astarté font l'amour au lever de la lune; puis elles se relèvent et se baignent dans un bassin vaste aux margelles d'argent.
De leurs doigts recourbés, elles peignent leurs chevelures, et leurs mains teintes de pourpre, mêlées à leurs boucles noires, semblent des branches de corail dans une mer sombre et flottante.