Les deux Thraces sont de beaux hommes. Ils ont un bâton à la main pour chasser les amants pauvres et un marteau pour clouer sur le mur les couronnes que l'on m'envoie.
Le Sicilien est un cuisinier rare; je l'ai payé douze mines. Aucun autre ne sait comme lui préparer des croquettes frites et des gâteaux de coquelicots.
La Phrygienne me baigne, me coiffe et m'épile. Elle dort le matin dans ma chambre et pendant trois nuits, chaque mois, elle me remplace près de mes amants.
117 — LE TRIOMPHE DE BILITIS
Les processionnaires m'ont portée en triomphe, moi, Bilitis, toute nue sur un char en coquille où des esclaves, pendant la nuit, avaient effeuillé dix mille roses.
J'étais couchée, les mains sous la nuque, mes pieds seuls étaient vêtus d'or, et mon corps s'allongeait mollement, sur le lit de mes cheveux tièdes mêlés aux pétales frais.
Douze enfants, les épaules ailées, me servaient comme une déesse; les uns tenaient un parasol, les autres me mouillaient de parfums, ou brûlaient de l'encens à la proue.
Et autour de moi j'entendais bruire la rumeur ardente de la foule, tandis que l'haleine des désirs flottait sur ma nudité, dans les brumes bleues des aromates.
118 — À SES SEINS
Chairs en fleurs, ô mes seins! que vous êtes riches de volupté! Mes seins dans mes mains, que vous avez de mollesses et de moelleuses chaleurs et de jeunes parfums!