Enfant, garde bien la porte et ne laisse pas entrer les passants, car moi et six filles aux beaux bras nous nous baignons secrètement dans les eaux tièdes du bassin.

Nous ne voulons que rire et nager. Laisse les amants dans la rue. Nous tremperons nos jambes dans l'eau et, assises sur le bord du marbre, nous jouerons aux osselets.

Nous jouerons aussi à la balle. Ne laisse pas entrer les amants; nos chevelures sont trop mouillées; nos gorges ont la chair de poule et le bout de nos doigts se ride.

D'ailleurs, il s'en repentirait, celui qui nous surprendrait nues! Bilitis n'est pas Athêna, mais elle ne se montre qu'à ses heures et châtie les yeux trop ardents.

122 — AU DIEU DE BOIS

Ô Vénérable Priapos, dieu de bois que j'ai fait sceller dans le marbre du bord de mes bains, ce n'est pas sans raison, gardien des vergers, que tu veilles ici sur des courtisanes.

Dieu, nous ne t'avons pas acheté pour te sacrifier nos virginités. Nul ne peut donner ce qu'il n'a plus, et les zélatrices de Pallas ne courent pas les rues d'Amathonte.

Non. Tu veillais autrefois sur les chevelures des arbres, sur les fleurs bien arrosées, sur les fruits lourds et savoureux. C'est pourquoi nous t'avons choisi.

Garde aujourd'hui nos têtes blondes, les pavots ouverts de nos lèvres et les violettes de nos yeux. Garde les fruits durs de nos seins et donne-nous des amants qui te ressemblent.

123 — LA DANSEUSE AUX CROTALES