« Tu crois que tu ne m'aimes plus, Téléas, et depuis un mois tu passes tes nuits à table, comme si les fruits, les vins, les miels pouvaient te faire oublier ma bouche. Tu crois que tu ne m'aimes plus, pauvre fou! »

Disant cela, j'ai dénoué ma ceinture en moiteur et je l'ai roulée autour de sa tête. Elle était toute chaude encore de la chaleur de mon ventre; le parfum de ma peau sortait de ses mailles fines.

Il la respira longuement, les yeux fermés, puis je sentis qu'il revenait à moi et je vis même très clairement ses désirs réveillés qu'il ne me cachait point, mais, par ruse, je sus résister.

« Non, mon ami. Ce soir, Lysippos me possède. Adieu! » Et j'ajoutai en m'enfuyant: « Ô gourmand de fruits et de légumes! le petit jardin de Bilitis n'a qu'une figue, mais elle est bonne. »

126 — À UN MARI HEUREUX

Je t'envie, Agorakritès, d'avoir une femme aussi zélée. C'est elle-même qui soigne l'étable, et le matin, au lieu de faire l'amour elle donne à boire aux bestiaux.

Tu t'en réjouis. Que d'autres, dis-tu, ne songent qu'aux voluptés basses, veillent la nuit, dorment le jour et demandent encore à l'adultère une satiété criminelle.

Oui; ta femme travaille à l'étable. On dit même qu'elle a mille tendresses pour le plus jeune de tes ânes. Ah! Ha! c'est un bel animal! Il a une touffe noire sur les yeux.

On dit qu'elle joue entre ses pattes, sous son ventre gris et doux... Mais ceux qui disent cela sont des médisants. Si ton âne lui plaît, Agorakritès, c'est que son regard sans doute lui rappelle le tien.

127 — À UN ÉGARÉ