L'amour des femmes est le plus beau de tous ceux que les mortels éprouvent, et tu penserais ainsi, Kléôn, si tu avais l'âme vraiment voluptueuse; mais tu ne rêves que vanités.
Tu perds tes nuits à chérir les éphèbes qui nous méconnaissent. Regarde-les donc! Qu'ils sont laids! Compare à leurs têtes rondes nos chevelures immenses; cherche nos seins blancs sur leurs poitrines.
À côté de leurs flancs étroits, considère nos hanches luxuriantes, large couche creusée pour l'amant. Dis enfin quelles lèvres humaines, sinon celles qu'ils voudraient avoir, élaborent les voluptés?
Tu es malade, ô Kléôn, mais une femme te peut guérir. Va chez la jeune Satyra, la fille de ma voisine Gorgô. Sa croupe est une rose au soleil, et elle ne te refusera pas le plaisir qu'elle-même préfère.
128 — THÉRAPEUTIQUE
Ô Asklêpios, sois-moi propice, ô dieu de la santé divine, le jour où l'éternelle nuit noire menacera mes yeux effrayés; car le poison de ma beauté, un jour, a servi de remède.
On m'avait mandée en costume dans la chambre d'un jeune homme que les femmes ne tentaient point. Des caleçons crevés se collaient à mes cuisses, et mes seins jaillissaient nus d'une brassière brodée d'or.
J'ai dansé selon le rite au son des crotales, les douze désirs d'Aphroditê. Et voici que l'amour est entré en lui tout à coup, et sur le lit de sa virginité j'ai recommencé toute la danse.
« Tu sais te faire aimer, disait-il, mais tu n'en es pas émue. Que faut-il faire pour que tu m'aimes? » Je le regardai plus loin que les yeux et je lui dis avec lenteur: « T'imaginer que tu es femme. »