Peut-être étaient-ils plusieurs; le lit est si bouleversé. Je ne sais plus... Mais on les a vus! Voilà ma Phrygienne. Elle dort encore en travers de la porte.

Je lui donne un coup de pied dans la poitrine et je crie: « Chienne, tu ne pouvais pas... » Je suis si enrouée que je ne puis parler.

152 — LE DERNIER AMANT

Enfant, ne passe pas sans m'avoir aimée. Je suis encore belle, dans la nuit; tu verras combien mon automne est plus chaud que le printemps d'une autre.

Ne cherche pas l'amour des vierges. L'amour est un art difficile où les jeunes filles sont peu versées. Je l'ai appris toute ma vie pour le donner à mon dernier amant.

Mon dernier amant, ce sera toi, je le sais. Voici ma bouche, pour laquelle un peuple a pâli de désir. Voici mes cheveux, les mêmes cheveux que Psappha la Grande a chantés.

Je recueillerai en ta faveur tout ce qu'il m'est resté de ma jeunesse perdue. Je brûlerai les souvenirs eux-mêmes. Je te donnerai la flûte de Lykas, la ceinture de Mnasidika.

153 — LA COLOMBE

Depuis longtemps déjà je suis belle; le jour vient où je ne serai plus femme. Et alors je connaîtrai les souvenirs déchirants, les brûlantes envies solitaires et les larmes dans les mains.

Si la vie est un long songe, à quoi bon lui résister? Maintenant, quatre et cinq fois la nuit je demande la jouissance amoureuse, et quand mes flancs sont épuisés je m'endors où mon corps retombe.