Au matin, j'ouvre les paupières et je frissonne dans mes cheveux. Une colombe est sur ma fenêtre; je lui demande en quel mois nous sommes. Elle me dit: « C'est le mois où les femmes sont en amour. »

Ah! quel que soit le mois, la colombe dit vrai, Kypris! Et je jette mes deux bras autour de mon amant, et avec de grands tremblements j'étire jusqu'au pied du lit mes jambes encore engourdies.

154 — LA PLUIE AU MATIN

La nuit s'efface. Les étoiles s'éloignent. Voici que les dernières courtisanes sont rentrées avec les amants. Et moi, dans la pluie du matin, j'écris ces vers sur le sable.

Les feuilles sont chargées d'eau brillante. Des ruisseaux à travers les sentiers entraînent la terre et les feuilles mortes. La pluie, goutte à goutte, fait des trous dans ma chanson.

Oh! que je suis triste et seule ici! Les plus jeunes ne me regardent pas; les plus âgés m'ont oubliée. C'est bien. Ils apprendront mes vers, et les enfants de leurs enfants.

Voilà ce que ni Myrtalê, ni Thaïs, ni Glykéra ne se diront, le jour où leurs belles joues seront creuses. Ceux qui aimeront après moi chanteront mes strophes ensemble.

155 — LA MORT VÉRITABLE

Aphrodita! déesse impitoyable, tu as voulu que sur moi aussi la jeunesse heureuse aux beaux cheveux s'évanouît en quelques jours. Que ne suis-je morte tout à fait!

Je me suis regardée dans mon miroir: je n'ai plus ni sourire ni larmes. Ô doux visage qu'aimait Mnasidika, je ne puis croire que tu fus le mien!