Toute enfant, j'ai appris les amours de l'Adôn et de l'Astarté, les mystères de la Syrie sainte, et la mort et le retour vers Celle-aux-paupières-arrondies.

Si j'ai été courtisane, quoi de blâmable? N'était-ce pas mon devoir de femme? Étranger, la Mère-de-toutes-choses nous guide. La méconnaître n'est pas prudent.

En gratitude à toi qui t'es arrêté, je te souhaite ce destin: Puisses-tu être aimé, ne pas aimer. Adieu. Souviens-toi dans ta vieillesse, que tu as vu mon tombeau.

158 — DERNIÈRE ÉPITAPHE

Sous les feuilles noires des lauriers, sous les fleurs amoureuses des roses, c'est ici que je suis couchée, moi qui sus tresser le vers au vers, et faire fleurir le baiser.

J'ai grandi sur la terre des nymphes; j'ai vécu dans l'île des amies; je suis morte dans l'île de Kypris. C'est pourquoi mon nom est illustre et ma stèle frottée d'huile.

Ne me pleure pas, toi qui t'arrêtes: on m'a fait de belles funérailles, les pleureuses se sont arraché les joues, on a couché dans ma tombe mes miroirs et mes colliers.

Et maintenant, sur les pâles prairies d'asphodèles, je me promème, ombre impalpable, et le souvenir de ma vie terrestre est la joie de ma vie souterraine.

BIBLIOGRAPHIE

I. — BILITIS' SAEMMTLICHE LIEDER zum ersten Male herausgegeben und mit einem Woerterbuche versehen, von G. Heim — Leipzig. 1894.