Il sourit. Sans même dégager son bras du soutien charmant qui l'élargissait, il me tendit comme un plat d'or par-dessus une courtisane, sa grande main chargée d'anneaux, et serra la mienne sur un sein découvert.
—Khariklo, dit-il à la jeune fille de droite, prends mon ami d'un bras qui lui soit doux, et continuons notre promenade. Bientôt le soleil serait trop ardent pour que ton fard n'en souffrît point.
Nous repartîmes donc tous enlacés. Parrhasios imprimait à la marche un balancement vaste et scandé, pompeux comme un hexamètre où le petit pas des femmes eût battu le dactyle.
En trois mots, il s'enquit de mes œuvres et de ma vie. A chacune de mes réponses, il disait vivement: «C'est parfait», afin de couper court aux explications. Puis il se mit à parler de lui.
—Comprends bien que je t'ai pris sous ma protection, disait-il, car pas un citoyen d'Athènes, hors moi seul, n'est en sûreté chez le Macédonien, et si le moindre différend t'avait conduit devant la justice, je n'aurais pas donné deux oboles, ce matin, de ton indépendance. Désormais, te voilà tranquille.
—Je ne suis pas, répondis-je, d'un naturel tremblant; mais je ne doute guère qu'ici même et si tu donnais ton nom...
—C'est fait, déclara-t-il. Je me suis annoncé. Lorsque Philippe a su que je lui faisais l'honneur de visiter sa nouvelle ville où il n'installe que des goujats, il a dépêché sur ma route à dix stades du pont de l'Euripe un officier de son palais. Cet homme m'apportait des présents royaux, entre autres six colosses du Nord et les deux belles filles que tu vois: la force pour m'ouvrir la marche, la grâce pour fleurir ma personne.
—Des Macédoniennes? demandai-je.
—Macédoniennes de Rhodes! firent-elles en éclatant de rire.
Et Parrhasios, d'un geste généreux, conclut: