—Reprenez la pose.
Alors Artémidora leva ses yeux noirs vers nous et d'une voix qui me laissa troublé elle murmura:
—Devant lui?
Mais Parrhasios n'entendait point. Parrhasios chantait déjà. Avec son pinceau fin dont le manche était d'ivoire et creusé en roseau, il ajouta les derniers traits à l'esquisse afin d'en accentuer encore l'impeccable et pur dessin. Puis deux de ses jeunes apprentis lui apportèrent ses instruments.
—Tu le vois, me dit-il en souriant, j'ai cessé de peindre à la détrempe. Voilà de la cire et des fers selon le procédé nouveau. Ces jeunes gens de l'Ecole de Sikyone, je les battrai sur leur terrain!
On eût dit, en effet, à le voir, qu'il avait toujours employé ce procédé de Polygnote récemment remis à la mode. Ses petites boîtes à cire étaient disposées dans un coffret déjà maculé par l'usage. Il y plongeait avec mesure le fin cautère chauffé au fourneau, en retirait une gouttelette de cire colorée, la posait à sa place et la mêlait aux autres avec une sûreté de main qui m'arrachait parfois un sourire d'enthousiasme.
Tout en peignant, il m'apprenait comment on mêlait la cire aux couleurs et quelles couleurs étaient les bonnes, à l'exclusion de toutes les autres. Son blanc venait de l'île de Mélos, celui de Samos étant trop gras. Il aimait le cinabre indien, plus solide que le cinabre d'Ephèse, plus coûteux aussi, d'ailleurs. La sandaraque couleur de flamme et l'arménion d'un bleu si pâle, convenaient aux vêtements féminins. Il estimait le noir d'ivoire que le jeune Apelle venait d'inventer, mais il s'en tenait pour sa part au noir plus docile aux mélanges, fabriqué (lorsqu'on peut en prendre) avec les os calcinés des morts et ravis aux tombeaux anciens.
Ainsi se passa la journée sans que je sentisse la fuite des heures, sinon quand Parrhasios commandait: «Reposez-vous!» et qu'Artémidora toujours plus rougissante, cachait son visage dans ses mains.
Vers la fin du jour, il se leva, criant aux apprentis:
—Faites chauffer la plaque!