Debout, toujours drapé de soie rouge et la bandelette au front comme un dieu olympien, il m'ouvrit ses larges bras. Puis je pénétrai à ses côtés dans l'illustre salle, matrice de chefs d'œuvre, où je fus ému de me retrouver.

—Mon Prométhée? répondit-il à ma question. Non. Je ne le sens pas mûr encore. Ce Nicostrate a besoin d'être médité quelque temps, et je pressens que ma première conception du sujet va éclater en morceaux dès que j'y ferai entrer sa personne. Dans quelques jours nous verrons bien.

Je lui demandai s'il se reposait, mais c'était mal le connaître. La peinture était sa vie même. Revenu de voyage au milieu de la nuit, il avait commencé un tableau le matin.

—Viens, me dit-il brusquement. Je suis content que tu puisses le voir: cette petite chose est une merveille. Je n'ai jamais rien fait de plus beau.

C'était encore un trait de son caractère, que d'estimer ses œuvres à leur valeur suprême et de comprendre l'admiration que tout le peuple grec vouait à son grand nom.

Le panneau commencé reposait obliquement sur un chevalet de bois de sycomore dont les deux montants, prêts à se rejoindre, se recourbaient en cols de cygnes d'or. Je me penchai respectueusement et vis un singulier sujet qui, pourtant, ne me surprit point dans l'atelier de Parrhasios. Son tableau représentait un paysage sylvestre et frais à voir, où s'allongeait sur le côté une nymphe endormie, ses flèches à la main. Un satyre, penché devant elle, lui soulevait la tunique jusqu'à la ceinture avec une expression de gourmandise bestiale. Derrière, un deuxième satyre à genoux assaillait la vierge directement, sans troubler son jeune sommeil qui devait être bien profond. C'était tout.

Mais comme je relevais les yeux, j'aperçus à quelques pas, étendue sur une banquette, la confuse Artémidora entre les deux barbares Sarmates qui venaient de poser avec elle le mouvement de cette rouge esquisse.

Et Parrhasios m'expliqua:

—Oui. J'aime ces tableaux de vie intense, et je ne montre le Désir de l'Homme qu'à l'instant de son paroxysme et de sa réalisation. Socrate, qui avait commencé par être un mauvais sculpteur avant de devenir un bon philosophe, voulait me voir peindre l'amour avec des regards et des pensées. C'était d'une absurde critique. La peinture est dessin et couleur: sa langue ne parle que par gestes, et le geste le plus expressif est celui par quoi elle triomphe. J'ai peint Akhilleus à l'instant où il tue. Sa colère immobile, je la laisse au poète. Mais en voilà assez, nous nous comprenons.

Il s'assit devant son chevalet et commanda: