[LA FAUSSE ESTHER]

Au milieu du catalogue rouge, je lus ce prodigieux article:

MANUSCRIT.—Fragment d'un journal intime (1836-1839),
par Mlle Esther van Gobseck, philosophe néerlandaise 50 fr.
Intéressant. Détails inédits sur Fichte.

Les principaux types romanesques dont le public conserve le souvenir, acquièrent souvent une célébrité qui dépasse celle des personnages historiques de même ordre. Si peu balzacien que puisse être le lecteur, il me permettra de supposer qu'il n'ignore pas Esther Gobseck. Lui-même lisant cette annonce eût manifesté une extrême surprise, personne n'en saurait douter.

Une heure plus tard, j'étais chez le libraire et le document m'appartenait. On voulut l'envelopper; je n'y consentis pas, et dans la voiture qui me ramenait je commençai de l'examiner.


Mon acquisition était une sorte de registre couvert d'un papier à fleurs. A la première page, Mlle Gobseck, ou plutôt son homonyme, avait aquarellé d'une main timide et sage deux bouquets de roses liés par un ruban d'azur. Une hirondelle et un papillon, qui se trouvaient être de la même taille, volaient au-dessus de la composition, et vers le milieu de la feuille se lisait cette calligraphie:

IIe CAHIER DE MON JOURNAL

Commencé le 5 mars 1836 (Anniversaire!)