—Mademoiselle, fit l'inconnu, je ne vous approcherai en aucune façon, mais veuillez me suivre, le temps presse. Il est inutile de crier: la maison est seule au milieu des bois.
Madeleine descendit la première. Armande suivit, mais si défaillante qu'elle manqua le marchepied. On la soutint. Un léger clair de lune qui venait d'apparaître argenta les sorties de bal, les deux profils livides, les cheveux très coiffés. Elles entrèrent, par le perron.
Toute la maison était éclairée. L'inconnu, précédant ses victimes, traversa un vestibule dallé, deux salons et une petite pièce. Il chemina dans un corridor qui paraissait faire tout le tour du château et qui déroutait les orientations. Enfin il ouvrit une dernière porte, fit passer devant lui les deux jeunes femmes et les enferma sans les accompagner.
Dans la pièce où elles pénétrèrent, une vieille personne était debout, qui salua, elle aussi, tout de noir vêtue.
—Madame... Mademoiselle...
Puis, sans autre préambule, sa voix sèche articula:
—Veuillez me permettre de vous déshabiller.
—De nous... de nous... bégaya Madeleine.
Elle n'acheva pas. La vieille dame avait déjà décroché la boucle du manteau, retiré les épingles de la ceinture et fait glisser la jupe autour du premier jupon. Avec la même dextérité ses doigts minces firent sauter les agrafes du corsage et les épaulettes filèrent le long des faibles bras poudrés.