—Vous aussi, mademoiselle, reprit la même voix sèche.
Déjà pâle, Armande blêmit. Elle jeta un regard désespéré vers sa sœur qui venait de se jeter sur un canapé, secouée des pieds à la tête par une convulsion nerveuse. Sans défense, ni force, ni courage elle s'abandonna comme une morte aux mains qui la dépouillaient. La vieille dame prit les deux robes sur son bras gauche, sortit vivement et, par derrière, referma la porte à clef.
La jeune fille était restée debout. Elle tomba sur les genoux devant un fauteuil, sanglotante, et se mit à prier. Elle priait presque à voix haute en pleurant dans ses mains jointes, avec une ferveur épouvantée, balbutiante et lamentable. Elle invoqua les trois saints qui l'avaient toujours protégée, promit à l'un des cierges, à l'autre des aumônes, au troisième un vase d'autel acheté chez un bon orfèvre. Elle jura de faire une neuvaine, d'observer le jeûne pendant le carême sans réclamer aucune dispense, et fit vœu, si elle se mariait, de ne pas tromper son mari pendant toute la première année, jusqu'au trois cent soixante-cinquième jour, quelles que fussent les circonstances...
Le temps passait. La pendule de la chambre sonna quatre heures du matin.
Tordue sur son canapé, Madeleine agitait ses bras raidis et donnait des coups de poings au dossier du meuble.
—J'en ai assez!! j'en ai assez!! cria-t-elle. C'est horrible, cette attente! je serai morte de peur quand ils arriveront!... On ne torture pas ainsi deux malheureuses femmes!... mais qu'est-ce que ces monstres veulent donc faire de nous?... Pourquoi ne viennent-ils pas! pourquoi ne viennent-ils pas!..
Et puis un accès de tendresse les jeta dans les bras l'une de l'autre.