« Ceci est mon testament.

» L’an 188… le …, du mois de septembre, moi …, de la Roche-Bernard, baronne du Closquet, saine d’esprit et prête à paraître devant Dieu, ai décidé ce qui suit :

» Article X. — Je donne et lègue à mon vieil ami le docteur Hugh Le Budinio un titre de rente 4 1/2 pour cent représentant une somme de 4,500 francs, incessible et insaisissable, pour lui être servie sa vie durant.

» Article XI. — Je donne et lègue à mademoiselle Marie-Anne-Véronique Le Budinio, en famille Maïna, le capital de cette rente, soit cent dix mille francs en espèces, plus mon hôtel de la rue Saint-Vincent et une somme supplémentaire de cent mille francs, représentant la part de l’héritage qui aurait dû revenir à mon neveu, Robert Hélian, comte du Closquet.

» A charge pour la dite demoiselle Marie-Anne-Véronique Le Budinio :

» 1o De demeurer auprès de son oncle toute la durée de son existence ;

» 2o D’épouser M. Joël Le Budinio, neveu dudit Hugh Le Budinio, dans les six mois qui suivront l’ouverture de mon testament. »

Il y a des surprises qui ne s’analysent point.

Me Berquier put en observer toutes les nuances sur les traits de ses auditeurs.

Puis, quand il estima qu’il avait largement donné au trouble le temps de se dissiper, il demanda :

— Mademoiselle Véronique Le Budinio, en famille Maïna, monsieur le docteur Hugh Le Budinio, avez-vous quelque objection à élever contre ces dispositions testamentaires ? Le reste de la famille de la défunte y a souscrit sans restriction ; je dirai même avec reconnaissance.

Le vieillard, dont la vue n’était pas très claire en ce moment, murmura :

— Je ne sais vraiment si je puis…

— Attendez, — reprit le notaire, — j’allais commettre une sottise. La mourante a laissé pour vous une lettre personnelle qui va, peut-être, faire tomber vos hésitations.

Ce fut avec des larmes que le docteur prit cette missive tracée d’une main défaillante, dernier souvenir de la morte, suprême relique de la bienfaitrice absente. Il lut en se reprenant :

« Mon cher et vieil ami,

» Ceci est la dernière épître que j’écris. Elle est pour vous. Acceptez le legs. Il n’est qu’une réparation.

» L’enfant que vous avez recueillie, il y a dix-huit ans, que vous avez élevée et qui doit être la femme de votre neveu, notre bien-aimée Maïna, est la fille de mon pauvre neveu Robert du Closquet, mort avant moi, il y a quelques jours. — Elle succède donc à son père.

» Adieu, ou plutôt au revoir aux pieds de Dieu.

» Du Closquet. »