C’était une jolie petite chambre rose, tapissée avec goût, meublée avec élégance, que la sollicitude affectueuse du vieillard avait réservée à sa filleule.
Le matin, en ouvrant ses deux fenêtres, Véronique pouvait embrasser simultanément la mer et la plage par-dessus les remparts, l’isthme du Sillon à la sortie de la ville et tous les jardins environnants.
Un lit aux rideaux de mousseline immaculés, une armoire à glace en bois blanc verni, une table de toilette et un gracieux secrétaire assortis comme forme et comme couleurs, garnissaient ce virginal réduit.
Et, en vérité, Maïna ne souhaitait rien au delà.
Le luxe le plus princier n’aurait pu lui donner le calme et le repos que lui assurait ce coin de demeure paisible, cet attachement constant et fidèle des êtres qui l’habitaient.
Aussi, dès qu’elle s’y retrouva, la jeune fille ouvrit-elle la fenêtre donnant sur le port, et, la tête penchée sur sa main, accoudée au balcon de fer, s’abandonna-t-elle aux rêveries que lui apportaient, fraîches et caressantes, les haleines de la mer.
Depuis six années, elle ne revoyait cette chambre que tous les ans à la même époque et même un peu plus tard, puisqu’elle était en pension à Paris et ne rentrait à Saint-Malo qu’au moment des grandes vacances.
Cette fois, c’était pour toujours qu’elle y revenait, — ayant fini ses études, couronnées, à douze mois de distance, par le double diplôme des degrés simple et supérieur.
« Pour toujours ! » Il faut avoir été écolier ou écolière, captif loin de cette patrie de l’enfance qui est la famille, pour savoir ce que ces deux mots contiennent et résument de joies profondes et condensées ! — Au reste, ne sont-ils pas l’unique, la plus puissante expression des sentiments intenses et durables ? N’est-ce pas « pour toujours » que s’aiment ceux qui, à la fleur de l’âge, unissent leurs cœurs dans une mutuelle affection, leurs mains dans l’échange des anneaux symboliques du mariage ?
Pour Maïna, il n’y avait encore ni perspective, ni lointaine espérance d’une tombe fleurie.