La jeunesse s’épanouissait en elle comme autour d’elle, et, en prononçant ces mots « pour toujours », la jeune fille attachait au front chauve de son « oncle » et aux cheveux blancs de Tina les mêmes fleurs de printemps dont elle ceignait, en pensée, sa tête nimbée de boucles blondes.

III

— Ça, Joël, mon ami, prends une chaise, et causons.

— J’y suis tout disposé, mon oncle, répondit le lauréat frais émoulu de la Faculté de Paris.

M. Le Budinio s’était enfoncé dans un vieux fauteuil de cuir, autour duquel gisaient des livres de toutes dimensions, voire d’énormes in-folios poudreux, où le vieillard avait accoutumé de lire Hippocrate, Aristote, Celse, Galien, Asclépiade, dans leurs textes divers de langues mortes, lettré de premier ordre dans sa modestie de savant méconnu.

Il avait relevé ses lunettes comme dans tous les cas graves, et fixait sur son neveu le tranquille regard de ses yeux gris et perçants. Il reprit :

— Te voilà médecin, — et, morbleu ! médecin comme moi, tout autant que moi. Tu dois être même plus fort que moi, car nous vivons dans un temps où les jeunes en savent beaucoup plus que les vieux, les fils que leurs pères.

— Oh ! mon oncle ! — protesta Joël qui connaissait cette habituelle ironie de l’excellent homme.

— Non, non, ne dis pas non. Je ne me plains pas, je ne raille pas. Je reconnais la vérité, et la vérité c’est que vous avez le temps aujourd’hui de faire des études beaucoup plus étendues qu’on n’en faisait à notre époque. Je me plais à constater que vous avez des outils et des instruments beaucoup plus perfectionnés et que, sur plusieurs points, on a fait de très remarquables progrès.

Tiens, par exemple, grâce à la spécialisation des aptitudes, les maladies de l’œil, du larynx, de l’oreille, sont admirablement soignées par des gens qui font cela mieux que personne. A vrai dire, ils ne savent faire que cela, et s’il fallait tout préciser… Les dentistes, tiens ! eh bien ! ils vous arrachent une dent de l’œil sans douleur, en vous injectant dans la gencive une drogue nouvelle. Vous appelez ça de la co… de la cocaïne, je crois.