Pour le coup, Joël se sentit un peu désorienté. Son oncle se moquait-il ou parlait-il sérieusement ?

Mais celui-ci eut tôt fait de dissiper les doutes de son neveu.

— J’en veux venir à ceci, mon garçon, que tous ces progrès, qui ont fait faire bien des pas à la chirurgie, sont de médiocres moyens d’avancement pour la médecine proprement dite. Il n’y a encore qu’une chose pour le médecin.

Ce n’est pas de savoir toutes les théories plus ou moins neuves des fanfarons de sciences, théories qui ne datent pas d’hier, après tout, comme tu pourras t’en assurer par toi-même, — fit-il en tapant de la paume sur les in-folios les plus voisins de sa main ; — c’est de posséder le diagnostic autant par la netteté du coup d’œil que par la pratique assidue des maladies. Il faut, pour cela, que le praticien soit avant tout l’ami de ses malades.

Et, ouvrant brusquement l’un des gros volumes à une place où l’on voyait bien que l’habitude du feuillettement quotidien avait dû rompre les pages, il montra quelques lignes au jeune homme.

— Tiens, vois ce que dit Celse à ce sujet.

Il lut lui-même à haute voix :

— Asclepiades dixit hoc esse medici officium ut ad lectum ægrotantis assidens… C’est clair, n’est-ce pas, et c’est le conseil d’Asclépiade rapporté par Celse en personne : « Que le médecin s’assoie au chevet de son malade pour surveiller les progrès de l’infection morbide. » Qu’est-ce à dire, sinon que le premier devoir du praticien est de surveiller étroitement l’état du client ?

Joël ne put se défendre d’un sourire quelque peu sceptique.

— Mais, mon oncle, — réclama-t-il, à ce régime-là, que devient le médecin lui-même ?