Elle répliqua avec la même hilarité débordante et communicative :
— Hé, cousin, est-ce qu’on sait, est-ce qu’on calcule, est-ce qu’on étudie ces choses-là ? Vous comprenez bien que je n’ai pas dormi de ce sommeil bête et lourd qui fait perdre la sensation de toutes choses et où il n’y a pas même place pour le rêve. — Ah ! que non pas ! Je me rends très bien compte que mes nerfs se sont accordé tout juste assez d’abandon pour s’alanguir sans renoncer à goûter la volupté de ce bien-être délicieux. — Tenez ! Je vais vous dire. Tout à l’heure, en m’éveillant dans les brumes un peu épaisses du premier retour à la lumière, savez-vous quelle bizarre conception je me formais de mon existence ?
— Ma chère Maïna, — répondit Joël, — je ne sais si mon oncle le devine. Quant à moi, vous savez qu’il y a beaux jours que j’ai renoncé à interpréter vos fantaisies imaginatives. A plus forte raison, n’est-il pas vrai, dès qu’il s’agit d’un songe matinal.
— Oh ! vous, — s’écria la jeune fille en faisant la moue, — vous êtes bien l’être le plus prosaïque que j’aie jamais rencontré. Je parie que si vous étiez seul, vous étrenneriez votre diplôme en m’ordonnant quelque drogue pour me guérir de mes « fantaisies imaginatives », comme vous dites.
— Attrape, fistot ! — plaisanta le vieux Le Budinio. — En voilà une qui ne sera pas ta cliente. — Mais tout ça, petite, ne nous dit pas ce que tu croyais être.
Et comme il s’était replacé dans son fauteuil, Maïna vint, sans façon, s’asseoir sur ses genoux.
— A la bonne heure ! Vous vous intéressez à quelque chose, au moins, vous, mon oncle. Que Joël se bouche les oreilles, s’il veut. Je ne raconterai mon rêve que pour vous.
— Ma cousine, — fit galamment le jeune homme, — je les ouvre toutes grandes, au contraire, car si je n’apprécie pas vos songes comme il convient, du moins j’accorde à mon ouïe le plaisir de percevoir l’enchanteresse harmonie de votre organe.
Maïna tapa du pied.
— Béotien, va ! Peut-on commencer une phrase comme celle-là pour la finir d’une façon aussi parfaitement ridicule ! Mon « organe », — je vous demande un peu, mon organe ! Ne dirait-on pas que je parle du nez ? Je n’ai pas d’organe, monsieur, j’ai une voix.