Planter ledit chapeau sur la tête de son cousin, assujettir les verres sur ses yeux, lui nouer au cou un mouchoir artistement roulé en cravate, fut pour elle l’affaire de vingt secondes.
Après quoi, avec des éclats sonores du rire et de la voix, elle poussa le jeune homme par les épaules hors de la pièce et appela à grands cris :
— Tina, Tina, viens donc voir !
Corentine Kerbiel accourut. Tout de suite, elle partagea l’hilarité de la jeune fille encore accrue par la docile et gaie résignation de Joël, qui se prêtait à ce caprice de folle.
— Ah ! ah ! ah ! — riait Véronique en battant des mains, est-il drôle ! Tina, je te présente Joël Premier, ou Le Budinio Deux, médecin de la Faculté de Paris, deuxième prince de la science de l’illustre dynastie des Le Budinio.
Quand Joël estima qu’il s’était assez prêté à ce caprice, il fit sauter d’un revers le couvre-chef, retira lunettes et mouchoir, et enlaçant d’un bras robuste la taille de sa cousine qu’il souleva comme il eût soulevé un enfant :
— Allons ! toquée, viens déjeuner ! Pour n’avoir pas de corps tu me parais joliment lourde. Et je meurs de faim !
Ils avaient vécu comme frère et sœur, les deux cousins.
Joël avait vingt-cinq ans, Maïna courait sur ses dix-neuf.
Depuis dix-sept années leur vie était mêlée ; depuis dix-sept années, pensées et désirs, ils mettaient tout en commun, grandissant, sinon côte à côte, du moins dans la même gradation de leur développement progressif.