Joël et Maïna étaient, l’un et l’autre, orphelins de père et de mère ; l’un et l’autre avaient trouvé abri et protection auprès du vieil oncle qui les avait recueillis.
Mais, tandis que le jeune homme était bel et bien le fils d’un cousin germain du médecin, Maïna, elle, n’avait jamais dit, ni su, si son origine se rattachait à un frère ou une sœur de quelque cousin ou cousine plus ou moins éloignée.
Au reste, elle ne s’en était jamais mise en peine, étant l’étourdie la plus adorable que l’on pût imaginer. Ce qui ne l’empêchait point de s’oublier parfois en de longues rêveries mélancoliques dans lesquelles sa pensée alerte et mobile s’efforçait de retrouver des souvenirs.
Comme une harpe dont les cordes n’ont point encore vibré, Maïna recélait la poésie en elle. Il fallait le passage d’une brise printanière ou d’un souffle d’automne pour faire jaillir de ce cœur tout ce qu’il contenait de tendresse profonde et vive.
Depuis qu’elle était revenue, deux jours s’étaient écoulés déjà.
Un soir, cinq heures venant de sonner, Maïna, en descendant au jardin, vit la vieille Corentine occupée à une besogne qu’elle ne comprit pas d’abord.
La servante s’appliquait à transvaser un pied de véronique des débris d’un pot de terre en miettes, dans un autre récipient tout neuf.
Maïna courut à elle, fort intriguée, et l’interrogea avidement.
Corentine ne perdait aucune occasion de faire l’éloge de son maître. Elle saisit donc celle qui s’offrait de raconter la touchante histoire du malencontreux pot de fleurs.
— Et je vous assure, — continua-t-elle en riant, — qu’il était vraiment comique à voir, votre oncle, avec sa carafe d’une main et son pot de l’autre. Il l’était encore bien plus en le jetant par la fenêtre.