Maïna sourit à ce récit. Mais elle se sentit le cœur gros et, pendant un moment, en voulut presque à la domestique des remarques qu’elle avait faites au vieillard.

— Mon nom, — s’écria-t-elle, — voilà qu’il me semble changé. Je vais l’aimer comme ça.

Elle prit la fleur des mains de Tina et courut la cacher dans une charmille, dans cette partie du jardin plus embroussaillée que les autres, et où elle s’était fait une véritable retraite.

Là, chaque jour, elle vint la contempler, l’arroser elle-même.

C’est qu’elle tenait à faire revivre la plante, à épanouir sa reconnaissance sur les thyrses violets insignifiants qui en font le très humble ornement.

Car, sans qu’elle s’en rendît compte, la jeune fille venait d’éprouver une première atteinte au cœur.

Certes, elle l’avait toujours aimé, son oncle, aimé de toutes ses forces, de toute cette tendresse spontanée d’enfant qui aime comme il respire, sans raison et sans calcul.

Mais, à cette heure, il lui semblait qu’elle trouvait pour la première fois en elle un sentiment d’une suavité pénétrante qui, plus que les élans spontanés de la nature, lui versait dans l’âme elle ne savait quel attachement invincible, puissant, plein de respect en même temps que d’intensité.

Abritée sous le berceau de verdure, Maïna rêvait les yeux ouverts, cette fois.

Une fois la porte d’un cœur entrebâillée, il n’est plus possible d’en rejeter le battant sur l’amour qui demande à entrer. La jeune fille éprouvait comme une dilatation de son âme.