— Joël, ce n’est pas à ce moyen-là qu’il faut recourir. Tu peux m’en croire, mon ami.
— Et lequel, alors ? Dis vite, car tu me fais mourir d’impatience avec tes réticences.
— Eh bien ! il faut réserver en cachette la plus grosse partie de la somme. Nous la donnerons à Tina, à l’insu de notre oncle. De cette façon le ménage aura un peu plus de répit pour attendre les rentrées des clients, qui se font continuellement tirer l’oreille pour payer.
En haut, dans sa chambre, le vieux docteur avait tressailli.
Ainsi, son secret, le secret de son dénuement qu’il croyait si bien gardé, cette petite fille, elle aussi, le possédait.
Maïna continua, avec le même accent de délicate attention :
— Tu comprends bien, Joël, n’est-ce pas ? que Tina ne m’a parlé de rien. Elle se ferait hacher, la pauvre femme, avant de révéler la détresse de son maître. Elle ressemble au Caleb du roman de Walter Scott que tu m’as fait lire, quand j’étais toute petite. — Seulement, moi, je vois clair et, à tout instant, je trouve les indices de cette gêne.
— Chère enfant ! — murmura là-haut le docteur avec émotion.
Joël reprenait la parole, à cette heure. Il était aisé de voir, au tremblement de sa voix, qu’il était attendri.
— Bonne Tina ! — Tu as raison, Maïna. Ce serait folie que de dépenser cette somme en bagatelles. Tu as raison. Mets de côté, mais tiens ! il y a un cadeau que je puis faire. Je t’en charge absolument.