Des enseignes, arrachées à leurs crochets rouillés, volaient, pareilles à des bolides, crevant les devantures, brisant des vitres, écorchant des façades et des encoignures.
C’était l’image du chaos renouvelé, dans sa plus splendide horreur.
Du haut de leurs fenêtres, les hôtes de la petite maison du docteur étaient aux premières places pour tout voir.
Mais ils ne s’arrêtaient point à considérer ce tableau diluvien.
M. Hugh Le Budinio était habitué à le voir.
En prévision du dernier acte du drame, il avait fait vider de tous ses meubles la pièce carrelée du rez-de-chaussée qui précédait la cuisine.
Par ses ordres, mais sans les attendre, tant elle les savait par cœur, la servante avait étendu sur le carreau une couche assez épaisse de cendre.
Sur ce premier lit, on en verserait un second de cendre très chaude, sur lequel on coucherait les noyés.
Dans un coin, quatre matelas de varech étaient disposés, prêts à recevoir les victimes, au fur et à mesure que des frictions énergiques sur les côtes et le thorax leur auraient rendu la respiration.
Plus loin, Maïna se multipliait pour dresser sur une table des verres, des cuillers, des flacons de toutes dimensions, contenant toute une pharmacie de circonstance : ammoniaque, laudanum, émétique et ipécacuana, révulsifs violents, pommades dermiques, en un mot tout ce qu’il faut pour rappeler un homme à la vie.