Celui-ci ne gouvernait plus. Son mât, rompu par la moitié, soutenait un lambeau de foc qui cliquetait avec un bruit sinistre au milieu des hurlements de la tempête, et, par moments, ce haillon balayait la teugue, à la façon d’un linceul qui se serait déployé spontanément sur un cadavre.
Arrivé en face de la jetée, le cotre fut rejeté par le ressac. Il eut comme une chance de salut. On eût dit qu’il hésitait devant cette masse de pierre, qu’un infaillible instinct le prévenait du suprême danger.
Du bord, un appel désespéré monta, auquel on répondit du canot par l’envoi d’une flèche pourvue de son amarre.
Mais qui donc pouvait, en pareil moment, nourrir l’espoir d’arracher cette épave à sa destinée ?
La flèche tomba à trois ou quatre mètres en deçà, et le vent ressaisit sa proie.
Une lame monstrueuse souleva l’embarcation comme une paume sous la raquette qui la pousse.
Elle fut lancée irrésistiblement contre la masse pierreuse du môle.
On entendit un épouvantable craquement.
Pauvres gens ! A peine avaient-ils eu le temps de recevoir l’absolution finale des mains du prêtre debout, en surplis et en étole, sur les premières assises de la jetée !
Puis la vague reflua, énorme, rugissante, mais rassasiée.