— Encore un mot, reprit Clavaillan ; as-tu jamais rencontré la corvette Eagle ?
— Jamais. Mais je sais qu’elle navigue par là et qu’elle a pour commandant un butor dur et insolent qui s’appelle, je crois, Blackford.
— C’est ça même. J’ai connu une de ses parentes à Madras, et j’ai promis de lui planter ces faveurs avec mon épée dans la poitrine. »
Et il montrait à Surcouf les rubans jaunes de l’Anglaise.
CHAPITRE VIII
EN CHASSE
L’équipage de Surcouf égalait en nombre celui d’un vaisseau de guerre. Il avait à son bord quatre cent vingt hommes, dont trois cents étaient recrutés tant parmi les marins de l’île que parmi ceux que le bruit de ses exploits avait attirés de France. Soixante autres étaient Irlandais, Italiens, Espagnols, Grecs. Le reste était composé de nègres et de mulâtres indiens. Tous ces hommes se distinguaient par une bravoure féroce qui en faisait les plus redoutables pillards qu’on eût pu réunir.
Clavaillan n’avait que quatre-vingt-douze hommes à son bord, dont soixante étaient canonniers. Les trente-deux autres, au nombre desquels figuraient Evel, Ustaritz et Guillaume Ternant, représentaient les matelots véritables, gabiers et mousses. Ce chiffre suffisait à la manœuvre de la Sainte-Anne. Le brick allait être un bon acolyte du vaisseau.
On mit à la voile dans la première quinzaine de janvier 1806.
D’abord, les deux navires prirent la route du nord-est, espérant y trouver des prises faciles pour se faire la main. Mais les premiers mois furent infructueux.
C’est qu’en ce moment, malgré la catastrophe de Trafalgar, la France et l’Empire étaient à l’apogée de leur gloire.