Le lendemain, il se présentait au combat à l’heure dite et administrait à l’Anglais une raclée à la boxe, une de ces raclées que les seuls Bretons savent donner aussi magistralement.

Il n’en fallut pas davantage pour déterminer l’officier à accepter le duel bizarre qui s’offrait à lui comme une revanche.

Là encore, le docteur Ternant fut victorieux.

Il plongea toute sa pointe, soit environ trois pouces d’acier dans l’épaule droite de son adversaire. Lui-même reçut au poignet une estafilade à laquelle il n’attacha aucune importance.

La malchance voulut que l’acier fût rouillé.

La plaie s’envenima et la gangrène s’ensuivit. En peu d’heures l’état du médecin français devint critique. Il n’y avait là aucun chirurgien pour faire l’amputation rendue nécessaire.

Les conditions défavorables du séjour, la température humide et les miasmes d’un sol marécageux amenèrent rapidement une aggravation.

Quarante-huit heures plus tard, le docteur Ternant était mort.

Il mourut, les yeux pleins de larmes au souvenir de sa femme et de ses enfants.

On l’enterra sans prières, sans cercueil, dans une fosse creusée à la hâte au pied d’un banyan. Les prisonniers y plantèrent une croix de bois.