Mais, dans cette promiscuité de la geôle, énervé par les procédés ignominieux et les mauvais traitements, il ne fut pas toujours maître de son humeur et, un jour que l’acharnement des gardiens avait poussé à bout sa longanimité, il s’emporta au point de reprocher durement à l’officier surveillant son manque d’égards.
Désireux de faire preuve d’éducation, celui-ci répondit aux reproches du Français en lui adressant des témoins.
A cette époque, la loi anglaise ne faisait point un crime du duel. Ternant prit deux seconds parmi ses compagnons de captivité.
Les prisonniers n’avaient point d’armes, cela va sans dire. Il était défendu, sous peine de mort, aux soldats qui les gardaient de leur laisser le moindre instrument ou ustensile qui pût avoir l’apparence d’une arme. Ils n’avaient ni couteaux, ni marteaux, en un mot, aucun outil qui pût devenir un objet ou un moyen d’offensive. Il semblait donc que la rencontre fût rendue impossible.
Déjà l’officier goguenard avait fait offrir au médecin un duel à la boxe, et le Breton, sans s’intimider, avait accepté cet ultimatum.
Il avait ajouté pourtant aux conditions du cartel :
« Dites au lieutenant Seaford que je me réserve, après un combat à coups de poings, de lui demander une réparation par les armes, s’il m’arrive de m’en procurer par un moyen quelconque. »
Et l’Anglais, s’esclaffant de rire, avait souscrit à cette clause.
Or, il advint que l’ayah hindoue, chargée de porter au docteur sa maigre pitance quotidienne, lui remit clandestinement une paire de ciseaux dont l’une des branches était arrondie.
Dévisser les ciseaux, aiguiser sur une pierre dure la branche ronde, afin d’en faire une pointe sensiblement égale à celle de l’autre branche, puis attacher l’une et l’autre à deux rotins très lisses, fut pour le médecin l’affaire d’une journée de travail.