A l’aube, les vaisseaux anglais étaient toujours en vue, au nord.
Mais une voile nouvelle venait de surgir au sud-ouest.
« Encore un Anglais ! » s’écria Ustaritz avec un rugissement de colère.
Jacques de Clavaillan, pâle, mais résolu, appela ses fidèles acolytes.
« Garçons, leur dit-il, nous n’avons plus guère que le choix entre les divers genres de mort, car j’imagine que vous n’avez pas l’intention de vous rendre.
— Ah ! non, pour le sûr et le certain ! s’exclama Evel, serrant les poings.
— Voici donc ce que je vous propose. Il y a deux cents livres de poudre à bord. Evel va en porter deux barils dans ma chambre et je placerai Will auprès du reste. Il aura l’ordre de mettre le feu à la mèche.
— Bien ! répondit le Basque, et c’est vous qui donnerez l’ordre ?
— C’est moi. Quand je jugerai le moment venu, c’est-à-dire quand il n’y aura plus moyen de fuir, je feindrai de me rendre et je laisserai porter sur le plus proche des vaisseaux. Nous nous collerons à son flanc, et nous l’emporterons avec nous dans l’autre monde.
— Bravo, commandant ! fit Evel. C’est agir en Français, ça. Et que le bon Dieu nous pardonne si nous nous présentons devant lui sans qu’il nous ait appelés. Mais il ne nous a pas laissé le choix. »