Ustaritz présenta toutefois une objection sérieuse et naturelle.
« Ne craignez-vous pas de confier à cet enfant une mission trop au-dessus de ses forces et de son caractère ? Ne va-t-il pas trembler et se refuser à la mort ? Il est triste d’entraîner ce pauvre petit dans la mort. »
Les yeux du jeune corsaire se mouillèrent. Il les essuya vivement.
« Tu as raison, garçon. Mais pouvons-nous faire autrement ? S’il m’était possible de l’éloigner, je le ferais de grand cœur. Mais le livrer aux Anglais, le condamner à la vie du bagne, aux pontons, à toutes les tortures de la captivité, ce serait plus cruel encore. D’ailleurs, au poste où je le place, il sera le premier mort. Il ne souffrira pas. »
Il brusqua l’entretien sur ces paroles, et chargea les deux matelots de veiller à l’exécution de ses ordres en tenant à l’œil les Espagnols prêts à toutes les défections.
« Envoyez-moi l’enfant », commanda-t-il en les congédiant.
Cinq minutes plus tard, Guillaume entrait dans la cabine du commandant. Jacques de Clavaillan l’appela et le fit asseoir devant lui.
« Will, commença-t-il d’une voix grave, tu as voulu être marin ?
— Oui, répondit l’enfant, je l’ai voulu et je le veux encore.
— As-tu bien considéré les dangers et les obligations de cette carrière ?