« Nul n’a le droit de supprimer la vie d’une créature raisonnable tant qu’il reste un espoir de conserver cette vie. »

Imposer à Will l’ordre de faire sauter le Good Hope, c’était le condamner à la mort immédiate, sans sursis possible.

L’abandonner seul sur cette mer inconnue, c’était lui laisser une chance d’échapper à la condamnation sans appel.

Une fois cette résolution prise, Jacques ne voulut pas même s’accorder le délai de la réflexion, de crainte que sa volonté ne fléchît.

Il alla donc chercher l’enfant dans la cale et lui signifia son désir. Les mesures étaient prises, d’ailleurs, pour que l’ordre s’exécutât sans délai. Le canot se balançait déjà au bout des palans.

Will s’y suspendit après avoir embrassé successivement Jacques, Evel et Ustaritz, qui se détournaient pour cacher leurs larmes.

Quand il fut à flot, il saisit les avirons.

« Au moins, comme ça, fit le Breton en s’essuyant les yeux, nous ne le verrons pas mourir. C’est une consolation.

— C’est lui, au contraire, le pitchoun, qui nous verra mourir », prononça le Basque, en regardant le bateau qui se balançait dans le sillage du trois-mâts.

Et tandis que, penchés sur le bastingage, ils adressaient des signes de la main au mousse déjà distancé, un cri de celui-ci leur parvint. Ils virent Guillaume debout, leur désignant le navire inconnu qui venait du sud-ouest.