Déjà ce remords lui reprochait de recourir au suicide, et il n’avait apaisé les scrupules de sa conscience qu’en se disant qu’il mourait pour la patrie.
Il s’était donc résolu à sauver Guillaume autant qu’il lui était possible d’assurer le salut de l’enfant. Et il était venu l’arracher au poste périlleux qu’il lui avait assigné.
Dans une âme plus fruste, moins accessible aux délicatesses de la conscience, la question d’humanité se fût peut-être posée tout autrement. Un homme plus rude se fût peut-être dit qu’il y avait plus de cruauté encore à abandonner le mousse aux dangers de l’océan, aux menaces de la mort par la soif et la faim, qu’à l’entraîner dans la glorieuse destruction du navire.
Mais Jacques de Clavaillan était trop bon et trop jeune pour concevoir et surtout pour exécuter d’aussi farouches résolutions.
Contre les périls de la mer n’avait-il pas une réponse toute trouvée ?
Ne se rappelait-il pas la fuite de Madras sur le canot de plaisance de lady Blackwood, sa course à travers l’océan Indien sous le fouet de la tourmente, dans l’agonie de la soif et de l’abandon ?
Et, cependant, la Providence avait pris soin des fugitifs. Elle les avait sauvés au moment où ils se voyaient sur le point de périr.
Est-ce que cette même Providence ne veillerait pas sur l’enfant ?
« Ne tente pas Dieu ! » lui criait la voix de sa conscience, corroborée par les incitations de la foi en Dieu.
Mais une autre voix répondait victorieusement à celle-ci :