« Nous allons mettre un canot à la mer. Tu embarqueras seul. Au lieu de fuir l’Anglais, tu iras à sa rencontre. On te prendra peut-être, mais il vaudrait mieux qu’on ne te prît pas. »

L’enfant était plongé dans une surprise profonde. Il ne comprenait plus rien du tout. A quoi pouvait servir cette fuite ?

Sa stupeur était d’autant plus profonde que c’était ce même Jacques de Clavaillan qui lui avait dit quelques heures plus tôt qu’il valait mieux mourir que de se rendre.

Et maintenant il envisageait de sang-froid l’hypothèse d’une capture. Est-ce que ses pensées avaient changé de cours ?

« Oui, reprit le corsaire, il vaudrait mieux qu’on ne te prît pas. »

Il se répétait, et cette répétition même achevait de dérouter l’esprit de Guillaume Ternant. Où Jacques voulait-il en venir ?

Le pauvre enfant ne pouvait deviner que les quelques heures écoulées depuis le moment où Jacques l’avait placé à la soute aux poudres, avec ordre d’y mettre le feu au premier signal qui lui serait donné, avaient modifié complètement le jugement de son chef.

Le marquis, en effet, avait éprouvé quelque chose qui ressemblait à un remords.

Il s’était dit que la mort d’un enfant était inutile à la conservation de l’honneur du pavillon français.

Et ce remords l’avait obsédé ; il n’avait pas voulu mourir avec ce doute affreux dans l’esprit.