Un souffle d’air vint rafraîchir l’atmosphère et Mme Ternant se releva. Son visage était inondé de larmes. A cette vue, la fillette bouleversée s’élança vers elle et, lui entourant le cou de ses bras caressants, se prit à l’embrasser avec passion.
Tantôt c’était son visage si pâle aux traits exquisément délicats, ses yeux bleus noyés, son cou si blanc, tantôt ses cheveux fins et bouclés comme ceux de sa fille, mais d’une teinte plus claire, que les lèvres d’Anne effleuraient doucement.
Et, à les voir ainsi, Anne plus grande que sa mère, on sentait une sorte de protection farouche que l’enfant semblait exercer sur celle-ci.
Mme Ternant, en effet, était mince, presque immatérielle. Ses yeux clairs avaient un regard si doux qu’ils ne paraissaient pas être de la terre et, dans toute sa physionomie, se lisait, depuis la mort de son mari surtout, une telle douleur résignée qu’on ne pouvait la regarder sans se sentir ému.
Anne, au contraire, était exubérante de vie et d’énergie. Ses prunelles sombres brillaient d’un feu intense. Elle avait l’âme fortement trempée des femmes de Bretagne et de Vendée, et eût été capable des plus héroïques résolutions.
A côté de cet aspect un peu viril de son caractère, elle possédait des délicatesses de cœur, une sensibilité bien féminine, une ardeur de dévouement et de tendresse infinie.
Maintenant Mme Ternant s’était assise sur un fauteuil en rotin, et la jeune fille avait glissé, petit à petit, à ses pieds.
Elle avait emprisonné dans les siennes les mains de sa mère, des mains longues et étroites sur lesquelles les veines faisaient des saillies bleues, et de temps en temps elle les portait à ses lèvres.
« Mère, petite mère, pourquoi pleurez-vous ? demandait-elle en retenant à grand’peine ses propres larmes.
— Mon petit Will, mon fils, mon enfant chéri, sanglotait la pauvre femme, tout à fait terrassée par la douleur. Pourquoi l’ai-je laissé partir ? Il était trop jeune encore, j’aurais dû le garder dans mes bras. Ce n’était qu’un petit garçon, un tout petit garçon…