Dès qu’elle aperçut sa mère, en quelques bonds elle l’eut rejointe, et, câline, elle passa tendrement son bras sous le bras maternel.
« Vous rentriez, maman ? interrogea-t-elle.
— Oui, mon enfant, répondit la voix calme de Mme Ternant, j’éprouvais le besoin d’aller prier pour ton frère. »
Anne la regarda avec attention, et, remarquant l’altération de ses traits :
« Mère, qu’y a-t-il ? Une mauvaise nouvelle ?
— Non. Je n’ai reçu aucune nouvelle. Seulement, le souvenir de ton frère m’a pénétré brusquement d’inquiétude et j’ai pensé que c’était un avertissement du ciel. »
Afin de ne pas augmenter les craintes de sa mère, Anne ne lui dit pas qu’elle aussi avait éprouvé un pareil sentiment.
Grave, presque recueillie, elle suivit Mme Ternant, et tandis que celle-ci s’agenouillait sur un prie-Dieu en paille au pied du lit, elle se prosternait sur la natte du plancher, enfouissant sa tête brune sur le bord de la couchette.
Pendant un long moment, elles demeurèrent ainsi absorbées dans leurs oraisons.
Puis, Anne la première se releva et machinalement, sa pensée bien loin, bien loin, saisit la corde de pancas qu’elle se mit à agiter doucement.