Mme Ternant essuya ses yeux et, embrassant la jeune fille :
« Viens, Anne, dit-elle, il nous faut descendre ; je me sens maintenant plus confiante, et mon cœur me dit qu’avec cette étrange oppression à laquelle je n’ai pu résister s’est dissipé le danger qui menaçait ton frère. »
La jeune fille, grâce à cette mobilité d’impression qui est le précieux apanage de la jeunesse, s’était déjà relevée souriante et rassérénée.
« Moi aussi, chère maman, dit-elle, je suis tout à fait rassurée. Bien sûr, Will est maintenant en sûreté. »
Et, ne voulant pas quitter sa mère, elle s’approcha de la table-toilette pour bassiner ses yeux rougis, laver ses mains et brosser ses cheveux rebelles, tandis que Mme Ternant prenait, elle aussi, les mêmes soins.
Puis, ensemble, elles descendirent au sous-sol, car la maison, comme presque toutes celles de l’Inde, n’avait qu’un seul étage, ou plutôt un vaste rez-de-chaussée assez élevé.
Ce rez-de-chaussée comprenait quatre chambres à coucher, deux salons et une salle à manger, mais dont on ne se servait que très rarement, Mme Ternant et sa fille préférant prendre leur repas en bas où il faisait plus frais.
Le sous-sol se composait donc d’une vaste cuisine et d’un office où l’on serrait les provisions, de deux autres petites pièces à l’usage des domestiques, puis, séparées de cette partie par un corridor, d’une salle à manger d’été et d’une grande salle pouvant servir de fumoir, de billard ou de salle de réception pour la journée.
La maison était de construction légère, mais d’un aspect riant et confortable. Autour du rez-de-chaussée et surplombant le sous-sol courait une galerie couverte, sorte de large balcon où, suivant l’orientation du soleil, on venait s’installer pour lire ou travailler.
En pénétrant dans la salle à manger, elles trouvèrent la table mise avec ce soin particulier qui est presque du luxe.