La table était recouverte d’une nappe d’une éclatante blancheur et sur laquelle, çà et là, se détachaient en relief des fleurs de broderie d’un travail merveilleux.
La vaisselle et les couverts brillaient d’une propreté méticuleuse, et à chaque bout de table surgissaient, au milieu de plantes vertes, deux candélabres d’argent ciselé illuminant la salle.
Debout, près de la porte, un grand noir attendait respectueusement l’arrivée de ces dames et, quand la mère et la fille furent assises en face l’une de l’autre, il se multiplia auprès d’elles avec cette habileté, cette promptitude, en un mot, cette science du service que ces gens possèdent à un degré si parfait.
Comme tous les soirs, elles prirent d’abord un potage et ce bouillon n’aurait certes pas été renié par le meilleur de nos cordons-bleus ou de nos cuisiniers européens.
Anne adorait le pot-au-feu ou plutôt le bouillon du pot-au-feu, et elle le savourait avec d’autant plus de plaisir, qu’à l’encontre des petits Français, elle n’avait pas à avaler, après la soupe, le vilain morceau de bœuf bouilli qui fait faire tant de grimaces.
Là-bas, en effet, la viande n’est pas chère et chaque jour, le morceau de bœuf bouilli était mêlé à la pâtée des chiens.
Ce fut ensuite le tour du currie, le mets indien entre tous que l’on sert à chaque repas et que les cuisiniers ont l’art de préparer de cent manières différentes.
Le currie se compose d’une sauce principale contenant de la viande, du poisson, des œufs, voire même des légumes assaisonnés avec une poudre piquante et fort aromatisée. Avec cette sauce, on mêle dans son assiette du riz cuit à l’eau et bien sec, du barta, sorte de purée de pommes de terre dans laquelle entrent des piments, des oignons, de l’huile et du vinaigre, et la multitude d’autres plats dus à l’ingéniosité du cuisinier.
Ce plat, qui nous paraît un peu barbare, à cause de l’étrangeté de ces condiments, est très recherché dans l’Inde pour ses qualités particulièrement rafraîchissantes.
Après le currie défilèrent plusieurs autres mets auxquels la mère et la fille encore sous le coup de leur émotion ne firent que peu d’honneur.