« Non, mon petit Jack, fit-elle en le prenant dans ses bras et en embrassant sa jolie tête blonde, je ne suis plus aussi triste qu’hier, mais je ne serai vraiment heureuse que quand mon frère Will sera revenu. »

Jack, qui n’était pas bien au courant des événements, allait probablement poser des questions à la jeune fille, quand il fut prévenu par Fred qui proposait une partie de croquet en attendant le déjeuner.

A l’exception des deux plus jeunes, tous y prirent part, et la partie était loin d’être finie quand la cloche du déjeuner se mit à sonner.

On la quitta cependant sans regret ; n’avait-on pas tout l’après-midi pour organiser des jeux d’ensemble ?

Le repas, grâce aux O’Donovan, fut très gai. Tous deux avaient su, à force de raisonnement, persuader à Mme Ternant qu’elle reverrait bientôt son fils et, comme celle-ci ne demandait qu’à se laisser convaincre, un entrain charmant régna tout le temps.

Dès qu’on fut sorti de table, ainsi qu’ils en avaient l’habitude, les enfants, insensibles à la chaleur, se répandirent dans le jardin ; mais le soleil était si ardent qu’ils furent bientôt contraints de chercher un refuge à l’ombre pour se reposer.

« Descendons jusqu’à la rivière, proposa Cécil, le troisième des enfants, je connais un endroit où l’on sera très bien. »

Péniblement on gagna le ruisseau que Cécil décorait pompeusement du nom de rivière.

Il y avait là, en effet, un petit coin de prairie où l’herbe assez épaisse était parfaitement unie et où quelques arbres au feuillage très épais faisaient un dôme de verdure. Avec un soupir de soulagement, ils s’étendirent tous à terre et Anne qui avait mouillé son mouchoir s’en imbibait le visage et faisait sauter quelques gouttes à la figure de Jack qui riait aux éclats.

Mais tout à coup, interrompant son jeu, le petit garçon devint grave et la fillette comprit qu’il allait l’interroger.