Puis, sans que rien pût lui faire deviner la cause de ce changement, sans une parole explicative, Jacques de Clavaillan l’avait placé dans ce canot, lui donnant l’ordre de fuir, de se dérober à la poursuite des Anglais.
Quelles étaient donc les intentions de son vaillant ami, de celui qu’il considérait, qu’il aimait déjà comme un frère ? Pourquoi se séparait-il de lui sans lui révéler les raisons de cette séparation ?
Dans ce canot, ballotté par les vagues, il se trouvait seul, seul au moment où la nuit allait se faire, sans un appui, sans un conseil, sans une parole réconfortante pour le soutenir dans la lutte.
Et, en inspectant l’embarcation, voici qu’il y découvrit une caisse qu’on y avait intentionnellement déposée. Dans cette caisse, il y avait quatre bouteilles de vin, une cinquantaine de biscuits, quelques boîtes de conserve et des fruits secs.
Sous un banc, était amarré un baril d’eau fraîche.
Guillaume vit bien que l’intention de l’abandonner était bien mûrie.
Et, derechef, l’affreuse question se posa à son esprit angoissé.
Pourquoi l’abandonnait-on ainsi ? Quelle était la pensée de Jacques ?
Alors la clarté se fit soudainement en lui. Il comprit le sentiment du marquis.
Si Clavaillan l’abandonnait de la sorte, si Evel et Ustaritz souscrivaient à la sentence, c’était sans nul doute que les trois hommes avaient modifié leur première et farouche intention.