Ils voulaient mourir seuls ; ils ne voulaient point tuer un enfant.
Oui, c’était là la vérité, la seule explication possible de leur conduite.
Cette réflexion entra comme un éclair dans l’âme troublée de Will.
Oh ! ils étaient bons jusqu’au bout, ces amis de rencontre, ces braves dont il avait partagé le dénuement et les souffrances, trop bons même, puisqu’en lui accordant la vie, ils ne faisaient que prolonger son agonie, se délivrant seuls par une mort violente, mais héroïque.
Par cela même que la vérité éclatait avec plus de force à ses yeux, elle le frappait comme un coup de foudre ; elle le terrassait sous sa violence.
Guillaume retomba, inerte, sur son banc et se mit à pleurer à chaudes larmes.
Mais à cet âge, les réactions sont vives. On ne fléchit pas sans se relever.
Brusquement l’enfant se redressa, saisit les avirons et se mit à nager avec vigueur dans le sillage du Good Hope, afin de maintenir sa distance.
Du haut du gaillard, penchés sur la lisse, les trois hommes lui adressaient des signes affectueux de tendresse, s’efforçant à lui parler de la main.
Et voilà qu’en se retournant Will aperçut le navire qui venait à la rencontre du Good Hope. Il vit le pavillon français flotter sur le bâtiment redouté. Il laissa échapper les rames et, se levant, jeta un grand cri :