Cette outrecuidance était partagée par sir George Blackford, commandant de la corvette Eagle.

Au contraire, James Peterson, commandant la Queen Elisabeth, était plein de prudence et de raison. Mais ses sages avis l’avaient fait railler de son chef aussi bien que de son collègue Blackford.

Ce jour-là, pourtant, il ne fut pas maître de ses appréhensions, et, se mettant en rapport avec le commodore Harris, il lui fit part de ses craintes.

« J’ai quelque méfiance de l’allure de ces quatre bâtiments voyageant de conserve. Il y aurait lieu de nous assurer que le reste de l’escadre pourra, le cas échéant, nous prêter main-forte. »

Harris regarda son lieutenant avec un sourire de dédaigneuse raillerie.

« En vérité, monsieur, êtes-vous prudent au point de ne point oser attaquer deux navires de commerce, dont l’un est un anglais qui nous a été pris par ruse et supercherie.

— Cette ruse et cette supercherie prouvent que ceux qui l’ont conçue et exécutée sont des gens habiles, commodore. Ils ont dû se ménager des moyens de défense que nous ignorons.

— Quels moyens ? Le flibustier qui est venu jusqu’à Bombay tromper les imbéciles du civil service est tout au plus quelque convict échappé de Botany-Bay ou d’Aden, et qui aura assassiné le capitaine du Good Hope.

« Il n’y a pas de Français en cette affaire. D’ailleurs y en eût-il que j’en serais ravi. Cela nous fournirait l’occasion de faire quelque bonne capture.

— Votre Seigneurie peut avoir raison. Je maintiens pourtant mon sentiment.