« Surcouf est un homme d’une extrême audace, et il y aurait de la prudence… »

Le commodore répliqua brutalement :

« La prudence prendrait un autre nom, monsieur. Je n’ai pas besoin de vous le dire. Quant à votre Surcouf, je ne demande que l’occasion de me trouver en face de lui. Vous seriez aimable de l’en prévenir. »

Peterson blêmit sous l’affront. Mais il ne répondit rien, et, courbant le front, il regagna la Queen Elisabeth.

CHAPITRE XII
MADRIGAUX DE GUERRE

Les marins de Surcouf eurent promptement l’explication des motifs qui avaient décidé leur chef à fuir devant les vaisseaux anglais.

On était au voisinage des îles Maldives, dans le bras de mer qui sépare cet archipel de celui des Maldives, passage essentiellement dangereux pour la navigation et qui a vu d’innombrables naufrages.

Or, depuis plusieurs semaines, le corsaire était averti que trois navires anglais, voyageant de conserve, avaient quitté le Cap se dirigeant vers l’Inde.

La Sainte-Anne n’était plus à son service par suite de la manœuvre de Clavaillan, il n’avait pu surveiller les côtes d’Afrique, ni par conséquent, arrêter au passage ces bâtiments qu’il savait porteurs d’une riche cargaison.

Il avait donc pris à part son lieutenant et tous deux avaient arrêté un plan aussi audacieux qu’imprévu.