« Jacques, avait dit Surcouf, nous avons deux moyens à notre disposition : livrer bataille tout de suite aux trois vaisseaux anglais, les couler, et revenir sur le convoi. C’est chanceux. Nous pouvons subir des avaries graves et n’être plus suffisamment armés pour nous rendre maîtres des bateaux marchands qu’on m’a signalés. Ou bien, nous devons nous porter au plus vite à la rencontre du convoi, le capturer, et attendre les trois vaisseaux pour leur faire face. »

Jacques hocha la tête.

« C’est hardi, mais tout aussi aventureux. Une fois les navires pris, qu’en ferons-nous ? Comment tenir tête aux Anglais, si nous sommes empêtrés d’une telle cargaison ? Il y a peu de chances pour que nous puissions la conserver. »

Surcouf eut un geste vif, et tapant sur l’épaule de son ami :

« Tu ne m’as pas compris. Je ne veux pas couler le convoi, bien au contraire. Il s’agit de le prendre sans l’avarier, et de nous en servir contre les autres en exposant à leurs feux les bateaux ainsi capturés. Je sais qu’à bord de l’un d’eux se trouvent d’honorables ladies, de charmantes misses, qui viennent rejoindre leurs familles dans l’Inde. Ce sont là de précieux otages, de sûres cuirasses contre les boulets anglais. Elles prises, nous aurons presque tous les atouts dans notre jeu. »

Clavaillan se mit à rire :

« Parbleu ! Si tu m’en dis tant !… Parmi les voyageuses se trouve sans doute lady Stanhope, la cousine de lady Blackwood, celle qui a rapporté d’Europe deux pianos à queue achetés en France. Bonne proie pour de galants chevaliers. »

L’ordre d’action fut donc immédiatement adopté. Jacques présenta une objection.

« Tout cela est fort bien. Mais où le prendre, ce convoi tant désiré ?

— M’est avis, répondit le Malouin, qu’à cette heure il ne doit pas être loin de nous. Je gagerais ma main droite qu’il a dû embouquer dans le canal des Maldives.