— Oh ! des navires de commerce se risquer en un tel passage…
— Oui, oui, il a la réputation d’être très périlleux, j’en conviens. Mais, outre qu’en cette saison, le vent les favorise, le passage, si dangereux qu’il soit, l’est infiniment moins qu’une rencontre de corsaires. Il y a donc de nombreuses probabilités en faveur de mon hypothèse.
— En ce cas, hardi et sus au convoi ! »
Tels furent les motifs pour lesquels les corsaires prirent chasse devant les vaisseaux anglais et les entraînèrent à leur suite dans le canal des Maldives.
Le sixième jour, vers midi, Clavaillan, qui courait en tête avec la Sainte-Anne, fit entendre un cri de joie et se mit en communication avec son chef.
Il venait de relever au sud-ouest, au voisinage de la plus petite des Maldives, le convoi si impatiemment cherché. Les trois navires s’y trouvaient réunis.
En un clin d’œil, le Revenant et la Sainte-Anne se mirent d’accord, et Surcouf arrêta le plan à suivre, aussi bref, aussi expéditif que possible.
Laissant la Confiance et le Good Hope se traîner à l’arrière, les deux corsaires se couvrirent de toile et s’élancèrent à la rencontre du convoi.
Grâce à leur prodigieuse vitesse, ils l’atteignirent vers trois heures de l’après-midi.
C’était bien lui. Les trois gros navires, pesamment chargés, semblaient ramper à la surface des flots. Ils n’avaient pas redouté la présence de l’ennemi en ces parages réputés dangereux, et leur prudence grossière leur était fatale.