Or, ce jour-là, la faune et la flore semblaient être en joie.
Jamais les deux petits imprudents n’avaient contemplé un plus radieux assemblage de corolles gemmées et parfumées ; jamais de plus beaux oiseaux, de plus riches insectes n’avaient ébloui leur vue.
Il semblait que tout obéît à un mot d’ordre de séduction et d’enchantement.
Anne et Guillaume se laissèrent donc attirer par le magique spectacle. Ils franchirent à la dérobée les bornes du petit domaine, éludant la surveillance des domestiques hindous attachés à leurs personnes.
A peine hors de l’enclos, et de peur d’être surpris, ils se donnèrent carrière. La main dans la main, le frère et la sœur s’élancèrent en courant.
Mais il y avait tout près d’un mille entre le ruisseau et la maison.
Et, sur le parcours, la nature prodigue avait émaillé l’herbe de ses plus riches trésors. La tentation fleurissait en bouquets odorants au-devant de leurs pas. Insoucieux, ils tendaient leurs mains et cueillaient les plus fraîches, les plus belles fleurs, sans prendre garde aux embûches de cette végétation tropicale, aux cobra-capello et autres reptiles hideux, au venin mortel, dissimulé sous ces tapis de verdure.
« Will, criait Anne, sans modérer ses transports, viens donc voir ce papillon. Je n’en ai jamais vu d’aussi grand, d’aussi beau. »
Et Will accourait complaisamment, pour collaborer à l’enthousiasme de sa sœur, plus imprudent qu’elle.
Ils avaient atteint ainsi la rive du ruisseau et fait ample cueillette. Les bras chargés de bouquets, ils s’apprêtaient à reprendre le chemin de la maison.