Un incident imprévu vint leur faire oublier l’heure du retour.

A quelques pas d’eux, un paon magnifique venait de se poser sur une branche en faisant la roue, non sans pousser, de temps à autre, le cri désagréable qui est le revers de cette magnifique médaille.

Tout à coup l’oiseau superbe, quittant la branche, sauta sur la berge, à quelque vingt ou trente mètres des enfants, et se tint immobile.

On l’eût dit changé en statue, tant il demeurait paralysé.

Un objet, encore invisible pour les enfants, fascinait ses regards.

Les Indiens assurent que le paon subit de la part du tigre le même phénomène d’hypnotisme que les animaux de moindre taille subissent en face du serpent. L’expérience allait donner raison à l’assertion des Indiens.

Tandis que les deux enfants, sans méfiance, s’absorbaient dans la contemplation du bel oiseau immobile, voici que les herbes de la rive s’écartèrent insensiblement, et un félin de grande taille s’approcha, dardant sur le paon fasciné l’éclair de ses larges prunelles d’or.

Ni Anne ni Guillaume ne l’avaient vu venir.

« Oh ! vois donc, Will, disait, à voix basse, la petite fille à son frère, vois donc comme il tremble. On dirait que ses belles plumes se fanent et que ses couleurs se ternissent. »

Et, soudain, elle se tut. Le sang s’était glacé dans ses veines.